" Quand je suis entré dans la pièce, il était en bannière, la verge pendante, et son caleçon et son pantalon aux genoux ont un peu embarrassé son
mouvement alors qu'il faisait un pas de côté et saisissait sur une chaise cannée un New Police Python qu'il a braqué sur moi. "
C'est long et pourtant c'est léger, fluide et harmonique. Le passé composé n'y est pas pour rien. Le passé simple dans le récit, ça pue à partir de deux dans la même phrase. Ca colle, ça accroche,
et on a l'impression de traîner des boulets en progressant dans la phrase.
" Les deux hommes sautèrent sur leurs pieds, pivotèrent et me firent face. "
Erk. Et encore, celle-là est courte. Les verbes au passé simple sont trop proches les uns des autres et les saccades qu'ils génèrent heurtent la lecture de façon déplaisante. Pour placer 3 "passé
simple" en douceur on doit pouvoir se féliciter de l'utilisation du "et" fluidifiant (sans virgule d'apposition), l'air de rien :
" Il but du thé et mangea deux biscottes beurrées et ouvrit le courier ". Avec modération, évidemment. Ou bien à noyer dans quelques imparfaits de diversion et autres compléments de verbe/objets...
:
" Dans l'après-midi, Gerfaut régla les affaires pendantes, reçut des vendeurs à qui il donna des instructions, eut un long colloque avec son subordonné immédiat, qui allait le remplacer durant le
mois de juillet et qui espérait, à force d'intrigues, de servilités et de perfidie, bientôt le remplacer totalement et définitivement. "
Nonobstant il faut bien reconnaître au passé simple sa concision, et quand il ne se retrouve pas par grappes à chaque ligne, il peut vous faire claquer une phrase dans le plus bel effet.
Mon avis, c'est que le couple passé composé/imparfait est le plus élégant dans un récit (au moins à la première personne), n'en déplaise à Bescherelle.
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Maintenant, voilà une caractérisation d'un personnage très secondaire en deux phrases :
" [...] pharmacie du Bocal de Jude, Paris 6e. (Le patron est amateur de contrepèterie. Il est d'une truculence bien française qui me donne envie de marcher tout seul au grand air. Au demeurant,
il s'appelle bel et bien Jude.) "
Chapeau.
Et là, une caractérisation en un paragraphe d'une "vieille dame" (" ce n'était pas ce que j'appelle une vieille dame, mais tout de même. ") :
"Manifestement elle n'était pas assise à l'aise dans le fauteuil en skaï ; elle aurait préféré une chaise ; elle était du genre à
s'asseoir au bord d'une chaise et se pencher en avant, en posant ses coudes pointus sur le plateau du bureau, en poussant son museau pointu en avant pour longuement causer, longuement discuter,
elle devait faire perdre un temps fou aux employés des postes et de la Sécurité sociale, tout le temps à expliquer et discuter et demander des explications, voilà son genre. "
A signaler le style volontairement "non-littéraire" (si je puis dire), le récit étant rapporté par Tarpon, ancien gendarme reconverti privé (dans Que d'Os!).